Le 17 octobre 1961 à Paris : une démonstration algérienne, un massacre colonial

Comprendre le « 17 octobre 61 » implique de ne pas simplement en retenir ce qui depuis des années fait l’objet d’un important investissement militant, mémoriel et historiographique : le massacre d’État longtemps dénié par les autorités françaises qui, en la personne de François Hollande, ont timidement rendu hommage aux victimes sans pour autant désigner les responsables de leur mort. Pour les Algériens et les Algériennes engagés dans l’événement, cette journée ne peut en effet être réduite à une répression particulièrement violente, sans point de comparaison possible dans les capitales d’Europe de l’ouest de l’après Seconde Guerre mondiale. Elle fut aussi, et avant tout (au moins sur le plan chronologique), une exceptionnelle mobilisation de masse, une insurrection symbolique au cœur même de la capitale coloniale, la contribution visible de dizaines de milliers d’Algériens de France à l’édification d’un nouvel ordre national sous l’égide du Front de libération nationale (FLN).

 

Cette double focale (démonstration nationale-massacre colonial) doit s’accompagner de la prise en compte d’une double échelle temporelle : la courte durée de l’événement doit être prise en compte tout en l’intégrant à une séquence chronologique plus longue qui permet mieux d’en approcher la nature.

Ainsi, pour s’arrêter brièvement à la question, toujours incertaine, du « bilan humain », si, le 17 octobre, plusieurs dizaines de « Français musulmans d’Algérie » périrent sous les coups et les balles des policiers parisiens, ce nombre s’élève à une centaine pour les mois de septembre et d’octobre 1961. Alors que le FLN avait appelé à une riposte ternaire (grève des commerçants, bravade collective du couvre-feu le 17 octobre au soir, manifestation de femmes et d’enfants, les jours suivants, afin de protester contre les arrestations et les violences largement anticipées par le comité fédéral), seule la journée du 17 octobre sera prise en compte dans l’anatomie d’un massacre ici brièvement proposée.